Gouverner dans le noir : les risques du refus de légiférer sur l’accès à l’information

Gouverner dans le noir : les risques du refus de légiférer sur l’accès à l’information

En République démocratique du Congo, la transparence reste encore un vœu pieux. Malgré les engagements pris dans les forums internationaux, malgré les appels répétés de la société civile, des journalistes et des citoyens ordinaires, la RDC ne s’est toujours pas dotée d’une loi sur l’accès à l’information publique. Un vide juridique lourd de conséquences, tant pour la démocratie que pour la bonne gouvernance.

Dans un État moderne, l’information publique n’est pas un privilège accordé à quelques initiés. C’est un droit fondamental, reconnu par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et par les standards de gouvernance ouverte. Pourtant, en RDC, accéder aux documents publics, connaître les décisions administratives, comprendre la gestion des finances de l’État ou suivre la mise en œuvre des politiques publiques relève encore du parcours du combattant.

L’absence d’une législation claire et contraignante sur l’accès à l’information crée un climat d’opacité institutionnalisée. Elle alimente la corruption, bloque la redevabilité, fragilise le contrôle citoyen et nourrit la méfiance entre gouvernés et gouvernants. Car sans données, il n’y a pas d’enquête possible. Sans accès aux décisions, pas de débat éclairé. Sans transparence, pas de confiance.

En refusant — ou en tardant — à légiférer sur ce droit, l’État congolais gouverne dans le noir et y maintient délibérément ses citoyens. Un choix politique dangereux qui affaiblit les fondements mêmes de la démocratie. Dans un pays en proie à des défis immenses — sécuritaires, économiques, environnementaux —, l’implication du citoyen est cruciale. Mais comment participer à la vie de la cité sans être informé ? Comment exiger des comptes quand l’information reste verrouillée dans les tiroirs de l’administration?

Plus grave encore : ce vide juridique pénalise aussi les journalistes, les lanceurs d’alerte, les chercheurs, les ONG, qui se heurtent quotidiennement à la loi du silence ou à l’arbitraire administratif. En l’absence de cadre légal, le refus de communiquer une information d’intérêt public devient la norme, et non l’exception.

Certes, quelques efforts sont à noter : des tentatives de proposition de loi ont été déposées, des débats ont été ouverts, des plateformes de données ouvertes ont été amorcées. Mais tant que cette loi n’est pas votée, promulguée et appliquée, la RDC restera à la traîne en matière de transparence, loin derrière ses voisins comme le Kenya, le Nigeria ou l’Afrique du Sud.

Il est temps que le Parlement prenne ses responsabilités. Il est temps que le gouvernement ouvre réellement les portes de l’information publique. Parce qu’une démocratie sans transparence est une démocratie inachevée. Et parce qu’on ne construit pas un État de droit dans l’obscurité.

C24

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